Les Défis Contemporains font étape aux Coteaux
Dans le cadre des 800 ans d’histoire de Mulhouse, L’opération “Défis contemporains” est lancée auprès de cinq groupes d’habitants d’horizons variés. Parmi ceux-ci, une poignée de femmes du quartier des Coteaux a répondu à l’appel pour faire part de leurs préoccupations… Nous avons assisté à la rencontre !
Rencontre avec les habitants des Coteaux
Ce vendredi matin de novembre, l’Afsco, le centre socioculturel placé au coeur du quartier des Coteaux, se réveille peu à peu dans le vrombissement des machines à café. Quatre femmes, habitantes du quartier depuis de longues années voire depuis leur naissance, sont présentes pour participer à la rencontre organisée par la Ville de Mulhouse dans le cadre des Défis contemporains : “on adore notre quartier, quand l’Afsco nous propose quelque chose, on est toujours motivées pour tout”... Surtout quand il s’agit d’une bonne occasion pour s’exprimer !
“C’est un temps de pause, d’introspection pour analyser ce qui vous touche dans votre quotidien, poser des questions auxquelles vous n’avez pas la réponse, posent Livio Riboli-Sasco et Graxi Irigaray, de l’Atelier des jours à venir, la structure basque qui mène le projet. Depuis 12 ans qu’on organise ce type de projet, c’est la première fois qu’une ville nous sollicite ! Les chercheurs peuvent être déconnectés du quotidien. À Belfort, par exemple, on a pu mettre en évidence l’importance des liens de voisinage dans l’aide aux personnes atteintes de pathologies”.
Une place de jeu pour 6 immeubles
Les habitantes ne se font pas prier pour dénouer leur langue. “De gros bouleversements ont impacté le quartier, lance l’une d’entre elles. Certains immeubles sont maintenant vides et insalubres en attente d’être détruits, on a pu voir des déchets d’amiante ou de câbles à côté de l’entrée d’une école primaire…”. L’école, sujet clé : “de nouveaux groupes scolaires sont construits, tant mieux mais en attendant la carte scolaire est modifiée, les enfants changent d’école, les parents ne comprennent pas pourquoi leurs trois enfants vont chacun dans une école différente…”. Autre sujet concernant les enfants : “quand il y a une place de jeux pour six immeubles de 13 étages, ça ne fait pas beaucoup de toboggans par habitants ! Ça crée des disputes, les choses s’enveniment… Et après on nous dit “c’est la ZUP, ça se passe toujours mal avec eux !"
Un tour dans le quartier permet à Livio et Graci de se faire une meilleure idée de ces problèmes du quotidien. Au niveau du nettoyage, les habitantes regrettent l’époque où chaque immeuble, voire chaque entrée disposait de son gardien, garant de la tranquillité et de la propreté des abords. “Dire que j’apprenais le roller ici autrefois…”, regrette l’une d’entre elles devant le spectacle des herbes folles sur les fameuses dalles au pied des barres… Certains problèmes évidents ne peuvent être soulevés que d’en bas : “par exemple, on a déjà vu des affiches invitant à ne pas consommer d’eau pendant un temps pour cause de légionellose… Il y a des personnes qui ne lisent pas le français dans notre immeuble, l’info ne leur est pas partagée !”.
"Comme une petite ville"
La matinée n’est pas vouée à formuler des critiques tous azimuts : si ces femmes sont là pour partager les soucis du quartier, c’est qu’elles sont très attachées à celui-ci ! “Il y a l’Afsco qui est le coeur du quartier, la bibliothèque, des événements, les médecins, les commerces de proximité, les écoles, la convivialité entre les voisins… C’est comme une petite ville, les gens veulent rester dans le quartier car ils ont tout à proximité !”
Que peut faire une opération comme Défis Contemporains pour aider à solutionner les problèmes d’un quartier en pleine transition, entre destructions et construction d’un nouvel habitat ? “Garder la trace de ce qui est vécu, y compris comme violence subie, c’est déjà très important”, suggère Livio. Plusieurs autres séances sont prévues pour chaque groupe et les remarques des habitants des Coteaux, du Drouot, mais aussi du Conseil des Jeunes et des représentants des services municipaux, vont permettre d’alimenter les recherches universitaires ou le travail des artistes.